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Le dessin politique apparaît à un moment et en un lieu bien précis: au XVIe siècle, dans l'Allemagne secouée par l'explosion de la Réforme. Les pamphlets de Luther et des réformateurs sont répandus massivement par l'imprimerie: ils sont agrémentés de dessins satiriques où les moines, évêques, cardinaux et surtout les papes sont caricaturés en loups, chiens, cochons, serpents, ânes et démons hideux. Ainsi l'efficacité des polémiques est étendue bien au-delà du cercle de ceux qui savent lire. L'Eglise romaine, férocement malmenée, n'est pas longue à répondre avec les mêmes armes. Il faudra attendre longtemps pour retrouver des dessins aussi vigoureux que ceux du XVIe siècle: lorsque viendront d'autres bouleversements...
Après la chute de Napoléon, la presse essayera de récupérer sa liberté. Une nouvelle technique de reproduction des illustrations, la lithographie, permet au dessin politique d'être pleinement présent dans les journaux, car l'artiste dessine directement sur la pierre, sans la longue et délicate intervention d'un graveur spécialisé. Ainsi, n'importe quel journal, même quotidien, peut commenter par le dessin la toute dernière actualité politique, si le pouvoir le laisse faire... La presse retrouvera un peu d'air sous Louis-Philippe.
« La Caricature» est fondée par Charles Philipon,
puis, en 1832, «Le Charivari », avec pour sous-titre:
«Journal publiant chaque jour un nouveau dessin». Avec sa
brillante équipe de
dessinateurs, «Le Charivari » soumet le roi, sa famille et
ses
ministres à un pilonnage continu. Parmi beaucoup d'autres
dessins
fameux, les variations sur le thème de la tête de
Louis-Philippe
en forme de poire sont restées dans toutes les mémoires.
Le régime ne supportera pas cette satire d'inspiration républicaine et les procès, les saisies et les amendes pleuvront sur Philipon. Mais de grands dessinateurs comme Daumier auront été lancés.
Mais les succès républicains aux
élections législatives ouvrent enfin une ère de
liberté de la
presse. La loi du 29 juillet 1881 supprime toute mesure
préventive,
tout délit d'opinion, et n'applique plus aux délits de
presse
que le droit commun. Il s'ensuivra la multiplication des journaux de
toutes
tendances politiques et des prises de position de leurs caricaturistes
sur
tous les sujets. Les grandes affaires: le boulangisme, le scandale de
Panama
et surtout l'affaire Dreyfus en seront le pain bénit.
(Jacques Bellenger, 26 mai 1989)
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