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Jacques BELLENGER
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page modifiée le
29 septembre 2002


 Le dessin politique apparaît à un moment et en un lieu bien précis: au XVIe siècle, dans l'Allemagne secouée par l'explosion de la Réforme. Les pamphlets de Luther et des réformateurs sont répandus massivement par l'imprimerie: ils sont agrémentés de dessins satiriques où les moines, évêques, cardinaux et surtout les papes sont caricaturés en loups, chiens, cochons, serpents, ânes et démons hideux. Ainsi l'efficacité des polémiques est étendue bien au-delà du cercle de ceux qui savent lire. L'Eglise romaine, férocement malmenée, n'est pas longue à répondre avec les mêmes armes. Il faudra attendre longtemps pour retrouver des dessins aussi vigoureux que ceux du XVIe siècle: lorsque viendront d'autres bouleversements...

1631: Théophraste RENAUDOT et sa GAZETTE La véritable presse, celle qui est publiée à intervalles réguliers, ne naîtra que plus d'un siècle après l'invention de l'imprimerie. Dans ses débuts, elle sera incapable d'être le support du dessin politique. La liberté de la presse n'existe pas; il n'est guère question de commentaire, encore moins de critique. Autre limitation de nature technique: la réalisation d'une gravure sur bois ou sur cuivre est plus longue et plus délicate que celle d'un texte typographique. C'est donc seulement hors de la presse périodique que l'on va continuer à trouver des dessins satiriques, politiques ou religieux; mais les pouvoirs veillent et les imprimeurs et diffuseurs des libelles, placards et écrits mal-pensants sont fréquemment poursuivis et punis.

les coiffures géantes, cibles des caricaturistes 1789. Avec l'Ancien Régime disparaît le système de censure; une multitude de brochures, libelles et journaux apparaissent et vont influencer l'opinion. Les caricaturistes qui ne pouvaient s'en prendre qu'aux travers des classes privilégiées vont se lancer dans la dénonciation politique et accompagner le processus révolutionnaire. Ces dessin sont surtout des estampes indépendantes. Mais quelques-uns commencent à apparaître dans les journaux. Il y aura bientôt aussi des dessins contre-révolutionnaires; les plus frappants sont souvent l'oeuvre des caricaturistes anglais. Ces derniers prolongent leur satire impitoyable de la politique française pendant tout le règne de Napoléon. En France, après trois ans seulement, la liberté de la presse est suspendue le 10 août 1792, puis supprimée par Bonaparte, et ne sera durablement rétablie que 89 ans plus tard.

 Après la chute de Napoléon, la presse essayera de récupérer sa liberté. Une nouvelle technique de reproduction des illustrations, la lithographie, permet au dessin politique d'être pleinement présent dans les journaux, car l'artiste dessine directement sur la pierre, sans la longue et délicate intervention d'un graveur spécialisé. Ainsi, n'importe quel journal, même quotidien, peut commenter par le dessin la toute dernière actualité politique, si le pouvoir le laisse faire...

 La presse retrouvera un peu d'air sous Louis-Philippe. « La Caricature» est fondée par Charles Philipon, puis, en 1832, «Le Charivari », avec pour sous-titre: «Journal publiant chaque jour un nouveau dessin». Avec sa brillante équipe de dessinateurs, «Le Charivari » soumet le roi, sa famille et ses ministres à un pilonnage continu. Parmi beaucoup d'autres dessins fameux, les variations sur le thème de la tête de Louis-Philippe en forme de poire sont restées dans toutes les mémoires.
Charles Philipon, «Le Charivari», 17 janvier 1834 Charles Philipon, «Le Charivari», 17 janvier 1834 Charles Philipon, «Le Charivari», 17 janvier 1834 Charles Philipon, «Le Charivari», 17 janvier 1834
Ce croquis ressemble à Louis-Philippe, vous condamnerez donc ?
Alors il faudra condamner celui-ci, qui ressemble au premier.
Puis condamner cet autre, qui ressemble au second.
Et enfin, si vous êtes conséquens,
vous ne sauriez absoudre cette poire,
qui ressemble aux croquis précedens.

Le régime ne supportera pas cette satire d'inspiration républicaine et les procès, les saisies et les amendes pleuvront sur Philipon. Mais de grands dessinateurs comme Daumier auront été lancés.

avant et après le coup d'Etat du 2 décembre 1851 Après le bref printemps républicain de 1848, le dessin politique d'opposition disparaîtra de nouveau pour de longues années sous Napoléon III, et même pendant la première décennie de la IIIe République, pendant les années de l' «ordre moral».

Mais les succès républicains aux élections législatives ouvrent enfin une ère de liberté de la presse. La loi du 29 juillet 1881 supprime toute mesure préventive, tout délit d'opinion, et n'applique plus aux délits de presse que le droit commun. Il s'ensuivra la multiplication des journaux de toutes tendances politiques et des prises de position de leurs caricaturistes sur tous les sujets. Les grandes affaires: le boulangisme, le scandale de Panama et surtout l'affaire Dreyfus en seront le pain bénit.
 

(Jacques Bellenger, 26 mai 1989)