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Imaginons, un matin, une revue de presse à la
radio. Imaginons que ce triste matin-là, tous les journaux aient
traité à la une le même événement
avec le même titre
(sauf «L'Humanité»), avec la même photo (sauf
«L'Huma»),
et le même commentaire (sauf... ). Que reste-t-il au malheureux
journaliste
chargé de garder ses auditeurs à l'écoute? Il ne
lui
reste qu'à raconter les dessins politiques de la une de ces
journaux:
aucun d'entre eux, sur le même sujet, ne sera semblable aux
autres.
Et voilà réveillé l'intérêt des
auditeurs
vers la presse écrite. A condition qu'il y ait effectivement des
dessins
à la une des journaux.
Depuis la disparition du «Matin» et malgré quelques efforts du «Figaro», de « La Croix» et du «Monde», on ne peut pas dire que la place du dessin de presse quotidien se soit élargie. En province, la fréquente situation de monopole régional des journaux ne les pousse pas à exprimer des opinions qui pourraient déranger, comme le fait le dessin politique. Naturellement, il y a des exceptions: «Sud-Ouest», «Le Républicain Lorrain» notamment. Quant aux hebdomadaires, qui sont, on le sait, très nombreux en France par rapport aux quotidiens, le dessin n'y est pas tout à fait le même: il n'est plus un commentaire à chaud de l'actualité, immédiatement publié et aussitôt périmé. Quelle est la situation du dessin face aux journaux télévisés? Devenus médias principaux de l'information politique, c'est à partir d'eux que les dessinateurs fonctionnent, sous peine de marginalisation. Les images-choc, les grands événements retransmis, les déclarations et débats, ainsi que les réactions de personnalités autorisées, constituent à la fois le cadre et la matière première du dessinateur: le dessin réussi sera un raccourci, une mise en perspective ou un rapprochement inattendu mais devenu après coup évident. Quoique inspiré souvent par la
télé, le dessin politique n'est pas souvent «
à » la télé. Elle montre parfois des dessins
publiés dans la presse écrite, mais craint d'en prendre
la responsabilité. La suppression brutale de l'émission
de Michel Polac sur TF 1 à cause des dessins de
Wiaz et de Plantu est encore dans toutes les mémoires pour nous
rappeler
l'étroitesse des limites assignées aux dessinateurs !
(Jacques Bellenger, 26 mai 1989)
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